LA TRIBUNE LIVRADAISE

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Petites histoires et anecdotes Livradaises : Si aquò pas braï es bien troubat !

Si aquò pas vraï, es bien trouvat !

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Petites  histoires et anecdotes livradaises

 

 

 

Un cœur vaillant...

 

 

" Il tenait boutique rue Nationale et sa femme le remplaçait lorsqu’il devait s’absenter pour retrouver ses camarades et faire une partie de boules sur la place du Faubourg Gardette, jusqu’à côté de « chez Raphaël ». Lorsqu’il traversait la ville, on reconnaissait de loin la silhouette trapue de ce brave homme au béret noir toujours fixé sur la tête, qui cheminait d’un pas lent mais sûr, parfois bougon, rapide à s’emporter mais courageux et prêt à rendre service à ses concitoyens.

 numérisation0008.jpg Quartier de la rue nationale où était la charcuterie entre la rue basse et la place de Verdun

 

Durant la guerre, à partir des années 40, la vitrine et les rayons de sa charcuterie étaient bien souvent vides mais les Livradais connaissaient son adresse pour y trouver quelque ravitaillement de dessous le manteau. Le bouche à oreille alertait sur les « jours d’arrivage » et l’on pouvait alors passer prendre sa commande, en veillant cependant à ne pas faire de queue devant le magasin ! Chose rare, on achetait au cours officiel et non à celui du marché noir pratiqué par quelques commerçants de la ville. Notre charcutier n’incluait pas sa prime de risque dans les prix, et Dieu sait que son métier comportait pourtant de nombreux dangers.

 

Il fallait tout d’abord acheminer la bête vers son atelier donnant sur une petite impasse, à l’arrière de sa boutique, quelques marches plus bas. Certains se souviennent peut-être qu’une vache mal attachée s’échappa et partit à la course vers le Lot. On ne la rattrapa qu’après le pont ! Heureusement il était tard dans la nuit et les gendarmes n’étaient pas de sortie. On raconta, des années plus tard, que la vache était partie par la rue Nationale, qu’elle avait monté deux ou trois marches pour pénétrer dans un  immeuble et ressortir par l’arrière, du côté de l’église, sans trop déranger l’occupante du lieu qui n’y voyant pas très bien, se contenta de dire à sa fille qu’il lui semblait avoir entendu quelqu’un... Cela n’est bien sûr que légende mais certains défendent cette version.

 

Le bétail étant arrivé à destination, il fallait ensuite procéder à sa mise à mort, sans faire trop de bruit, l’abattage clandestin étant fortement puni. La chose n’était pas commode, surtout s’il s’agissait d’un cochon, mais le travail était tout aussi périlleux quand il s’agissait d’un bovin et il arriva que notre vaillant charcutier se fît coincer par une vache contre un mur. La tenant par les cornes, tel Spartacus dans l’arène, il ne dut son salut qu’à ses voisins et ses filles ; elles étaient toujours là pour l’aider, ayant pour mission d’actionner la pompe à eau afin de diluer le sang qui s’écoulait dans la rigole extérieure. « Pompe Liline ! Pompe Liline ! » criait-il de temps en temps pour encourager sa progéniture.

 

Les difficultés ne s’arrêtaient pas là car il fallait ensuite cacher la marchandise pour éviter qu’elle ne soit découverte à la suite d’une dénonciation. La gendarmerie vint effectivement enquêter un soir, la nuit tombée, mais fort heureusement, ayant été prévenu par une âme charitable, notre héros avait eu le temps de dissimuler ses quartiers de veau sous un drap, au creux d’un lit installé dans une remise se trouvant dans l’impasse, derrière l’atelier.

 

En ces temps de disette, se pliant au marché de l’offre, notre spécialiste du cochon ne stigmatisait ni les vaches ni les veaux ! De leur côté, les gendarmes n’étaient pas trop curieux : diverses interprétations en ont été données mais, quoi qu’il en soit, ils eurent paraît-il l’impression, à la lueur de leur torche électrique, qu’un homme dormait paisiblement dans son lit et ils n’éprouvèrent pas le besoin de pousser plus loin leurs investigations.

 

Ainsi allait la vie durant la guerre, jusqu’à ce que disparaissent cartes et tickets de rationnement. L’approvisionnement du marché put reprendre son cours normal et le commerce retrouva sa vigueur d’antan. Certains préférèrent alors à celui qui les avait nourris, sans enrichissement personnel, à l’époque des vaches maigres, un charcutier concurrent récemment installé à Sainte-Livrade ; c’est ce qui s’appelle la « reconnaissance du ventre » ! La clientèle de notre héros se fit donc plus clairsemée, ce qui lui laissa le temps de s’adonner davantage à l’un de ses loisirs favoris : la pêche dans le Lot et, sans s’en douter, c’est grâce à elle qu’il allait accéder à la célébrité !

 

 

373_001.jpgCarte postale de la plage de Sainte Livrade dans les années 1930.

 

Par un bel après-midi du début de l’été, il décida d’aller taquiner la carpe, prépara tout son matériel et se dirigea, d’un pas plus conquérant que d’habitude, son attirail sur l’épaule, vers les berges du Lot. Il passa le pont pour aller s’installer en amont de la plage, car il y avait une plage à Sainte-Livrade, le barrage de Castelmoron n’ayant pas encore été mis en eau. Il commençait à s’installer quand il eut l’impression que quelque chose avait bougé, là tout près de lui, dans les galets. Il pensa à quelque poule d’eau et s’approcha lentement, sans faire de bruit, l’épuisette dans une main, la canne à pêche dans l’autre. Il aperçut alors, dépassant légèrement de la caillasse deux longues oreilles : c’était la tête d’un énorme lièvre. Son sang ne fit qu’un tour et il asséna un violent coup de gaule au malheureux animal qui se trouva tout estourbi puis bientôt pris dans les mailles du filet. Le gibier étant occis, il fut triomphalement ramené en ville. On pesa ce trophée qui ne faisait pas moins de 13 livres et nombre de Livradais accoururent pour le voir. La rumeur enfla et le bruit se répandit jusqu’à atteindre Sud-ouest, La Dépêche puis la presse nationale, la radiodiffusion française et même quelques journaux d’outre-Quiévrain, d’outre-Rhin et d’outre-Manche. Les chansonniers relatèrent l’évènement au Grenier de Montmartre. Tout le monde riait de cette histoire cocasse qui reste gravée dans les mémoires. En rirait-on encore aujourd’hui ? " .

 

C.D

 



21/11/2015
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